13 février 2015

Ma CAN 2015 depuis l’Egypte

Après la défaite en phase finale face à l’Egypte en 2006 et la Zambie en 2012, sans oublier les nombreuses débâcles enregistrées, on n’y croyait plus, presque pas du tout. Désormais, supporter notre propre équipe nationale était devenu un acte suicidaire, un supplice psychologique, un engagement à prendre avec beaucoup de lucidité et de réserve. Ils en ont tous payé les frais, des premiers dirigeants aux joueurs eux-mêmes, en passant par les entraîneurs et le staff d’encadrement. Chacun était accusé d’être responsable des mauvais rendements de nos pachydermes. « Ceux-là, vous les supportez encore ? Vous êtes courageux hein ! », « Quand on compte sur eux ils nous déçoivent toujours », « Des plaisantins comme ça !!! Quand il s’agit de bien jouer dans leurs clubs là-bas il n’y a aucun problème hein !… », « Mais, affaire de 4 fois ballon d’or de Yaya là, c’est comment même et puis il joue « kaka » comme ça ?! ».

Supporters "Mazo" à Cocody-Riviera II en 2012 lors de la finale Côte d'Ivoire VS Zambie, crédit photo : Detto Lynx
Supporters « Mazo » à Cocody-Riviera II en 2012 lors de la finale Côte d’Ivoire VS Zambie, crédit photo : Detto Lynx

Ces exclamations de mécontentement et de déception se faisaient entendre ici et là, au point où passion du foot oblige, pour se donner le courage de toujours les supporter, on a trouvé une idée géniale, tellement bien inspirés : « Supporters Mazo ». Oui, vous avez bien lu, nous nous sommes baptisés « Supporters Mazos ». Ceux qui comprennent le sens de cette expression sauront pourquoi nous l’avons choisie dans la foulée des défaites auxquelles nous ne nous attendions toujours pas. Cependant, pour les personnes qui ne savent pas, le terme « mazo » a été inspiré du mot « masochisme » qui décrit l’attitude d’une personne recherchant le plaisir à travers la souffrance. Donc vous avez tout compris, nous les supporters ivoiriens en tout cas, on souffrait pendant et après les matchs de notre équipe. Mais on ne laisse pas, on est toujours dedans. Comme le disent mes ami(e)s du Cameroun: « on va faire  « commengue » ? »

Moi-même je n’étais pas aussi « mazo » que ça comme supporter, j’étais plutôt vigilant et raisonnable, un « mazo » modéré en fait ! Mais depuis que mon ami Naim Gamouda m’a transmis sa passion pour le foot à travers la visite du mythique stade Ajax d’Amsterdam, je suis devenu un vrai « Supporter mazo », mais toujours avec un « mazoya » dosé et silencieux. Il fallait faire dans la vigilance et la prudence !

Moi, au sein du mythique stade Ajax - Arena de Amsterdam en novembre 2014, crédit photo : Maxence Peniguet
Moi, au sein du mythique stade Ajax – Arena de Amsterdam en novembre 2014, crédit photo : Maxence Peniguet

Ainsi, le jour de la récente finale qui opposait la Côte d’Ivoire à son compagnon de longue date, le Ghana, je n’ai pas changé de stratégie. Pendant que mon voisin d’appartement Diallo se rendait dans un café égyptien (lieu habituel où la plupart des ami(e)s de l’Afrique subsaharienne suivaient les différents matchs en vue de vivre une ambiance collective), je me suis retiré tranquillement dans ma chambre, loin de tout ce qui pourrait me faire voir une vidéo du match. A partir de mon téléphone, je suivais simplement son évolution sur un site qui faisait juste les commentaires. Aucune image au rendez vous ! Malgré toute cette précaution, c’était difficile pour moi de lire certains commentaires. Parfois, je lisais en cacher regarder, comme si on m’y avait obligé. Au moins le choc était réduit, la souffrance était supportable. Mais quant aux Eléphants, ils devenaient difficiles à supporter. Jusque-là, après 120 minutes de match semblable à un film d’horreur, rien ! Un score toujours vierge.

Je décide donc de fermer mon téléphone pour dormir en paix, et voilà mon ami Stéphane qui m’appelle du Ghana. Sans même se gêner, assis devant sa télé depuis Accra, il me contraignait indirectement à partager ce douloureux spectacle des prolongations avec lui. Heureusement que je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis un bon moment, sinon j’étais tenté de raccrocher mon téléphone, tellement la panique interne et solitaire était profonde. En plus, bizarrement, même lorsque notre communication s’interrompait à cause de la mauvaise qualité du réseau, il insistait pour me rappeler. Je me disais : « Mais il me veut quoi ? Il ne peut pas suivre le match seul ou quoi ? ».   Etant au Ghana pour un court séjour, Stéphane me racontait qu’ils se sont enfermés ses ami(e)s et lui pour suivre ce match décisif, bien qu’il y ait un espace fréquenté par la communauté ivoirienne où ils pouvaient se rendre après quelques minutes de marche. Selon lui, il était plus prudent de rester à la maison. Quelques instants plus tard, je reçois un autre coup de fil. Cette fois ci d’Abidjan – au bout de la ligne, une amie qui voulait prendre de mes nouvelles. Chose curieuse, au moment où l’heure est grave : le moment des tirs au but. Voilà encore un autre calvaire que je vais vivre malgré moi. Christie me faisait vivre tous les tirs en direct, accompagnés par moment des cris de détresse et de joie. Je baignais entre ce contraste sentimental, je transpirais, une véritable sueur froide, surtout que nous sommes en plein hiver. Malgré ce climat, je sentais une chaleur particulière, suspendu là, passivement au téléphone de mon amie – Jusqu’à ce qu’elle crie « Ils n’ont pas marqué !!! Ils n’ont pas marqué !!! C’est au tour de Copa Barry de tirer, s’il marque, on a la coupe !!! » Je dis Ah bon !!! Intérieurement, c’était trop facile comme rêve ! Surtout que ce schéma-là, je l’avais prédit dès les premières minutes du match, précisément à 21 heures d’Egypte sur mon mur facebook afin de répondre aux internautes qui n’avaient aucune confiance en Copa Barry. Je m’adressais à ces derniers en ces termes : « Apprenez à faire confiance SVP ! ! ! Depuis mon lieu de retranchement, loin des écrans de télévision et d’ordinateur, je tiens à vous rassurer que Copa Barry va vous surprendre agréablement ! Regardez-le seulement ! …Et puis s’il garde les buts là même là, ça fait quoi ? ? ? ! ! ! » A travers une telle interpellation, il s’agissait pour moi d’exhorter les uns et les autres à toujours développer des pensées positives peu importe les contingences de la vie.

Le Café qui accueillait les plus courageux désirant suivre les matchs de la CAN à la télé, "Brince of sea" à Khaled Ben El-Walid, à Alexandrie en Egypte, géré par le sympathique Ibrahim, crédit photo : Magloire Zoro
Le Café qui accueillait les plus courageux désirant suivre les matchs de la CAN à la télé, « Brince of sea » à Khaled Ben El-Walid, à Alexandrie en Egypte, géré par le sympathique Ibrahim, crédit photo : Magloire Zoro

Cette puissance de la pensée positive m’aide à surmonter plusieurs obstacles dans mon parcours. Sans le savoir à l’avance avec exactitude, la suite des événements venait ainsi de me faire passer pour un visionnaire auprès des personnes qui me suivent sur ce réseau social. J’entendais Christie et sa famille jubiler à la folie après le coup de sifflet final : « On a la coupe !!! » Entendais-je. J’avais l’impression d’être à Abidjan, mon amie n’avait pas eu le temps de fermer son téléphone, moi non plus ! (C’était gâté à « Babi »). Je vivais ce show à travers les sons qui me parvenaient du téléphone de Christie. De Yopougon à Cocody, en passant par Adjamé, Abobo, Williamsville, Plateau, toutes les ambiances possibles dans ces communes d’Abidjan se faufilaient à ce moment-là dans ma tête. « Eh Dieu !!! Donc on a gagné coupe là comme ça heinnn ???!!! » m’étais-je interrogé, comme si je n’étais pas tout à fait convaincu. Alors que la réalité était bien là, après 23 ans, nos retrouvailles avec les amis voisins du Ghana venaient ainsi de se solder par un second sacre des Éléphants de Côte d’Ivoire. Quelle joie !!! Quelle fierté de me reconnaître en cette victoire qui j’espère, donnera un coup d’accélérateur au processus de réconciliation en cours, de sorte que chaque Ivoirien, chaque Ivoirienne et tous les amis de la Côte d’Ivoire continuent à croire davantage en ce pays. Ce soir-là, la fête fut belle au sein de la communauté ivoirienne soutenue par les communautés sœurs présentes à Alexandrie. La date du 08 février 2015 restera gravée dans la mémoire collective ivoirienne.

M.Z.

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Commentaires

add genealogie
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Vos recherches sont bien approfondies ! merci pour cet article

Magloire Zoro
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Merci bien !