Écotourisme : À la découverte du parc national d’Azagny, en Côte d’Ivoire

Article : Écotourisme : À la découverte du parc national d’Azagny, en Côte d’Ivoire

Écotourisme : À la découverte du parc national d’Azagny, en Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire dispose d’un réseau de quatorze aires protégées – huit parcs nationaux et six réserves naturelles. Une richesse écologique encore peu connue, voire méconnue des Ivoiriens. Incursion au sein du parc national d’Azagny, cet impressionnant massif forestier situé au sud du pays, dans la région des Grands Ponts, plus précisément dans le département de Grand-Lahou (à 115 kilomètres d’Abidjan).

Parc national d'Azagny
Circuit fluvio-lagunaire du Parc national d’Azagny. Crédit photo : M.Z.

Samedi, 21 décembre 2019, nous sommes à Adjamé, un quartier commercial situé au nord d’Abidjan. Objectif : emprunter un mini car à destination de Grand-Lahou, où nous attendait le chef de secteur dudit parc, pour une visite guidée.

Après environ trois heures de voyage, sur une route parfois marquée par des nids-de-poule, de vastes étendues de champs de palmier à huile ou d’hévéa, nous sommes à Grand-Lahou. Aussitôt informé de notre présence, le chef secteur met à notre disposition sa collaboratrice qui vient à notre rencontre.

Il a fallu 18 kilomètres de route pour rallier l’un des points de départ pour le parc : l’entrée ouest, où siège un magnifique complexe hôtelier en bordure de lagune, dénommé AVIKAM LODGE. Des bateaux et des jets-ski alignés sous un hangar de fortune sont en attente d’occupants pour la traversée. Le calme qui règne est séduisant, capable d’emporter les plus résistants. Mes amies sont conquises. Elles le démontrent à travers un ballet de prises de vues, de selfies. « Oh quelle merveille ! », s’exclame Victoire, doctorante en énergie et climat.

Elles n’étaient pas au bout de leur surprise. Au cours de la traversée, sur la lagune Tagba, la nature faisait preuve d’une séduisante générosité. Des mangroves entremêlées longent notre passage. Quelques oiseaux, visiblement épanouis profitent du calme de ce milieu. « J’enregistre environ cinquante visites par jour du côté fluvio-lagunaire. Essentiellement des expatriés. », informe T.P., conducteur du bateau.

Parc national d'Azagny
Le paysage offert aux visiteurs, par l’entrée ouest du Parc national d’Azagny. Crédit photo : M.Z.

Quelques minutes plus tard, le Parc National d’Azagny, d’une superficie de 19 400 hectares s’offre à nous. La verdure, digne d’une forêt primaire, et imposante. « C’est un parc de forêt. Les observations directes sont difficiles. Même si un oiseau est en train de voler, il n’est pas évident de l’apercevoir. », prévient notre guide, Mlle E.K., Agent des Eaux et Forêts, affectée à l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR). Vêtue d’un tee-shirt et pantalon de couleur treillis, E.K est visiblement amoureuse de la nature et de son travail.

Elle en parle avec passion « Nous avons tous les animaux de forêt : les éléphants, les buffles, les chimpanzés, les singes, les potamochères (…) Ici, on ne prévoit pas à l’avance qu’on peut rencontrer des animaux. Au-delà, il y a cette belle végétation. », ajoute fièrement notre guide.

Ensuite, nous nous engageons pour une balade pédestre de trois kilomètres, à travers une piste recouverte de feuillages, d’où sont visibles, quelques rayons de soleil. Au cœur de cette forêt luxuriante où règne un silence tombal – les seuls bruits possibles sont constitués de craquement, sous nos pieds, des « feuilles et branches mortes », des chants d’oiseaux et par moment, des bruits de pas à peine audibles qui s’éloignent au milieu d’arbres majestueux.

Par endroits, quelques troncs et branches d’arbres à même le sol, ont fait les frais de la fureur du vent. Plus loin, nous embrassons la savane, éclairée par le soleil que nous avions un moment perdu dans les feuillages de la partie forestière du parc. Là, un mirador est érigé, pour permettre aux visiteurs une plus belle vue. « Ici, on apprend beaucoup à travers ces visites, en se divertissant. Malheureusement, sur cent Ivoiriens, il y a trois qui viennent ici. », regrette notre guide.

Quelle politique pour une meilleure visibilité du parc ?

Erigé en parc national le 04 avril 1981, les acteurs en charge de la gestion du parc national d’Azagny reconnaissent que beaucoup d’efforts restent à faire pour le développement du tourisme écologique en Côte d’Ivoire. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à aller vers les populations.

« Nous allons dans les écoles pour sensibiliser. Il faut amener les enfants à aimer l’environnement. », affirme E.K., avec optimisme, avant de poursuivre : « Nous allons dans les villages et nous expliquons aux populations l’impact qu’un parc peut avoir sur le climat, la santé, et au plan économique, sur leur quotidien – 5 ans plus tôt, c’était difficile de sensibiliser parce que les populations riveraines estimaient que cette forêt leur appartenait et qu’elle leur a été arrachée par l’Etat. Mais depuis quelques années, elles s’investissent de plus en plus auprès de nous pour la préservation du site. », se réjouit E.K.

Parc national d'Azagny
L’entrée ouest du Parc national d’Azagny, crédit photo : M.Z.

Un prix a été instauré pour protéger le parc

Dénommé « prix vert du village écocitoyen », il s’agit d’un prix instauré pour impliquer les populations riveraines dans la protection de cette aire protégée. « Le prix vert est devenu comme la deuxième fête nationale ici. L’initiative a démarrée en 2005 et mobilise à ce jour, 10 à 12 villages riverains. Nous primons également les meilleurs élèves écocitoyens de la région. », s’exprime E.K.

À la fin de la visite, Victoire, jeune femme leader engagée pour l’environnement, tient à inviter les populations ivoiriennes à s’intéresser davantage au riche patrimoine écologique du pays. « Je leur demande d’oser sortir un peu d’Abidjan. Qu’elles viennent se ressourcer. Qu’elles viennent apprendre, qu’elles viennent voir la richesse dont dispose leur pays. », exhorte-t-elle.

A 18h GMT, nous sommes dans le car – en route pour Abidjan. Nous défilons sur nos smartphones, les photos qui nous permettront de revivre ces instants de rêve dans la nature.

M.Z.

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