24 mars 2017

Fonction publique internationale : La Côte d’Ivoire se cherche !

L’actualité récente dans la fonction publique internationale a été marquée par cinq faits importants :

Premièrement, l’élection en tant que président de la Commission de l’Union Africaine (UA), du Tchadien Moussa Faki Mahamat, en fin janvier 2017, à Addis-Abeba, en Ethiopie, lors du 28e Sommet de l’organisation panafricaine. Il occupait jusqu’ici le poste de Ministre des Affaires étrangères du Tchad.

Deuxièmement, la nomination en février 2017, de Monsieur Gilbert Fossoun Houngbo, ancien Premier Ministre du Togo (2008-2012) en tant que président du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA). Un organisme spécialisé des Nations Unies dont la mission est l’éradication de la pauvreté en zone rurale dans les pays en développement.

Troisièmement, la nomination du Colonel Toussaint Muntazini Muzimapa  le 15 février 2017, en qualité de Procureur près la Cour pénale spéciale de la République centrafricaine, créée en juin 2015 pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis dans ce pays depuis le 1er janvier 2003.

Quatrièmement, la nomination, en la mi-décembre 2016, de Madame Amina J. Mohammed, ancien Ministre de l’Environnement de la République Fédérale du Nigéria en tant que Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies.

Enfin, le limogeage d’un de nos compatriotes, Directeur Exécutif d’un obscure centre de recherche météorologique de la sous-région basée à Niamey.

Vous l’aurez constaté avec nous, au sein de ce parterre de personnalités africaines, ne figure aucun Ivoirien et même ceux qui y arrivent par leurs propres moyens ne bénéficient pas de la protection de leur gouvernement. Alors que cela est connu de tous, notre pays dispose des meilleures structures de formation dans la sous région – si bien que depuis plusieurs décennies, il s’agit là de l’un des facteurs qui fait de la Côte d’Ivoire une destination privilégiée en matière de formation des cadres en Afrique.

A l’époque du président Félix Houphouët-Boigny, les décisions concernant les nominations des Africains aux hautes responsabilités au sein des organisations internationales se prenaient ici, à Abidjan. Nous constatons avec beaucoup d’amertume que cette époque est vraiment révolue.

Les membres de l’Association des Fonctionnaires Internationaux Ivoiriens : Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration

Aucune volonté politique en faveur de la fonction publique internationale

Plus grave encore, il n’existe aucune volonté politique de remédier à cette situation. L’absence d’Ivoiriens à des hauts postes au sein de la fonction publique internationale contribue à l’isolement diplomatique de notre pays au niveau sous régional et international. La Côte d’Ivoire ne compte plus. La Côte d’Ivoire ne fait plus peur à personne. Nos amis et soutiens se font rares…C’est peut-être le prix de l’arrogance ou de l’indifférence.

Pourtant, les candidats sérieux ne manquent pas, tant au niveau de l’administration publique que du secteur privé.

Ce triste constat met nos autorités étatiques face à un autre défi important.  Celui d’avoir un plan de carrière pour nos Ambassadeurs, anciens ministres et hauts fonctionnaires les plus méritants, afin de lutter contre la clochardisation que l’on constate en ce moment, de ceux-là même dont les efforts pour le rayonnement du pays ne sont plus à démontrer.

Une association à la rescousse des fonctionnaires internationaux ivoiriens, mais balbutiante et ignorée par les autorités compétentes

Conscients des enjeux liés à la fonction publique internationale pour le développement économique du pays, et au regard des difficultés observées, ne voyant pas le gouvernement réagir, les fonctionnaires internationaux ivoiriens ont décidé de s’organiser (comme les fonctionnaires sénégalais, français, algériens, etc) à travers une association créée en 2014. Hélas, trois ans après sa création, l’Association des Fonctionnaires Internationaux Ivoiriens (AF2I),  est  balbutiante et peine même à être reçue par le nouveau Ministre des Affaires étrangères.

Ce n’est surtout pas avec cette attitude que nous aurons un jour un ivoirien au poste de Secrétaire Général (ou même adjoint) des Nations Unies, Chef d’une mission de maintien de la paix, représentant spécial du Secrétaire Général, Commandant d’une force de maintien de la paix, Président de la Commission de l’Union Africaine ou de la CEDEAO, etc.

Plusieurs millions de l’argent des contribuables sont engloutis dans une campagne euphorique afin que la Côte d’Ivoire dispose d’un siège de membre non-permanent au conseil de sécurité des Nations Unies. Il s’agit d’une initiative fort louable, dont les impacts sur la promotion de nos cadres dans la fonction publique internationale, sont plus que limités.

Pendant qu’il est encore temps, nous invitons le gouvernement ivoirien à entreprendre des actions concrètes en vue de faire la promotion de nos compatriotes au sein de  la fonction publique internationale et contribuer ainsi au rayonnement de notre pays dans le concert des nations. Nous n’atteindrons jamais l’émergence si nous ne sommes valablement représentés là où se prennent les grandes décisions d’investissement. A bon entendeur…..

Sié Palé à Doropo

Partagez

Commentaires