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Procès Laurent Gbagbo et Blé Goudé : le monde vous regarde, Madame la Procureure

Dans deux jours s’ouvre un procès très attendu – ou plutôt deux procès en un – à la Haye, aux Pays-Bas : ceux de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et du leader de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé, que ses fans appellent affectueusement « Zadi Gbapê », le « Génie de Kpô », ou encore « le général de la rue ». Après plusieurs reports, tous les regards sont désormais tournés vers eux. Et chacun, de là où il se trouve, espère que le droit sera dit en toute indépendance, et avec impartialité. Depuis l’examen préliminaire lié à cette affaire, juristes ou pas, d’ici et d’ailleurs, tout le monde souhaite y voir plus clair.

La plupart des gens qui ont appris l’existence de cette juridiction avec cette poursuite souhaite d’abord comprendre à quoi elle sert véritablement, mais aussi, comment elle fonctionne rééllement.

Parmi eux, vous le savez déjà, on dénombre plusieurs partisans des deux prévenus, actuellement détenus dans la prison de Scheveningen (A l’heure où j’écris, je sens que certains ont déjà apprêté leur matelas et leurs draps pour dormir devant la CPI).

(Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)
(Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)

Madame la procureure, vous-même imaginez un peu la mobilisation qu’il y aura autour de vos bureaux durant cette période. Imaginez les attentes de ces personnes qui sans doute dormiront à la belle étoile, rien que pour soutenir leurs leaders et réclamer leur libération. Je ne suis pas en train de vous dire de faire attention à elles ou de vous laisser influencer par le poids de leurs éventuelles manifestations. Le plus important étant de dire le droit, rien que le droit, et toujours le droit. Néanmoins, appréciez un peu cet aspect et mettez dans la balance la lourde responsabilité à laquelle vous ferez face dès jeudi : celle de permettre la relaxation ou la condamnation des personnes concernées. Ce n’est pas tout !

De l’autre côté, on a ceux qui souhaitent leur condamnation. Pour eux, Gbagbo et Blé Goudé n’ont aucune chance de s’en sortir : « Ils ont trop fait de mal, ils doivent rester là bas ! ». Eux, ce sont notamment les victimes proches du parti au pouvoir, ainsi que certains leaders dudit pouvoir qui souhaitent que la justice aille dans le sens de l’intérêt de ces victimes. Ce qui est d’ailleurs la raison d’être de l’institution dont vous avez la charge. Il est donc clair que vous et votre équipe aurez vraiment du fil à retordre. Franchement, ce ne sera pas aussi simple que ça, et vous en êtes consciente du côté de la Haye. Le chemin vers la manifestation de la vérité sera long et tortueux. Les obstacles à surmonter rivaliseront avec les coups à supporter. L’endurance devra être de mise, la transparence aussi.

Crédit photo : rightswatch.ca
Crédit photo : rightswatch.ca

Comment satisfaire les deux parties ? Si vous avez la réponse, je ne peux que m’en réjouir. Je me souviens juste d’une expression juridique latine qui dit et je cite : « Dura Lex, Sed Lex » (La loi est dure, mais c’est la loi). C’est qu’à tous les coups, un camp sera mécontent à la fin du procès. Mais bon, tant que c’est la voix du droit qui se fait entendre, l’humanité vous applaudira et ce, au plus grand profit de la Cour.

Madame la Procureure, ce que nous attendons de vous, c’est surtout, je dis bien surtout, la clarté et l’indépendance avec laquelle sera conduit le processus. C’est cela la colonne vertébrale qui va maintenir et renforcer la crédibilité de la Cour. Vous savez que sa réputation est déjà entamé, j’imagine ? Tandis que certains l’accusent d’être un « joker des Etats puissants », un instrument politique, une justice qui embraye à deux vitesses, d’autres vous accusent à tort ou à raison d’être vous-même « une marionnette » au service de ces Etats « pour traquer vos propres frères africains ».

Vous suivant de près, je sais que vous n’aimez pas du tout ce genre de propos à votre encontre, mais, Madame la Procureure, c’est pourtant bien ce qui se dit ici, alors comment fait-on ? Pour ma part, je sais que pour quelqu’un ayant fait ses études de droit dans l’une des plus grandes universités du Nigéria, et au regard de votre fermeté, vous n’êtes pas aussi facilement manipulable. Sauf si au fond, la Cour (CPI) a ses raisons que nous ignorons. Le peuple vous regarde : vous avez entre vos mains l’une des clés de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Si vous forcez dans la serrure et que ça se casse : ah ! L’affaire sera complexe, pour vous-même comme pour l’avenir de la Cour.

J’oubliais, Madame la Procureure : permettez moi de vous projeter déjà au-delà de ce procès d’actualité.  Comment se passent les poursuites, là-bas ? Auriez-vous donc laissé tomber ? A votre nomination, le 12 janvier 2012, vous aviez promis que « la justice profitera aux deux camps ! », alors je m’interroge. Dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier de Rfi au début février 2015, pendant laquelle il vous demandait si vous avez déjà lancé des mandats d’arrêt contre des personnes proches du président Alassane Ouattara, vous répondiez en ces termes : « L’enquête est en cours. Mais je peux vous garantir que personne ne sera épargné. En cette année 2015, il faut s’attendre à ce que nous intensifions notre enquête sur les crimes commis dans le camp Ouattara – c’est tout ce que je peux vous dire pour l’instant. » 2015 est vite passé Madame la Procureure, et nous sommes rentrés en 2016 sans avoir une idée claire de la situation. Je suis, comme vous, très passionné par la justice et j’ai peur que le manque de communication de votre part sur certains cas puisse donner des arguments faciles aux détracteurs de la CPI.

En attendant d’y revenir, Honorable Madame la Procureure, faites tout ce que le droit vous permettra de faire pour décourager à jamais tous ceux qui ne croient pas ou plus ni en vous, ni en cette juridiction si chère à la lutte contre l’impunité.

M.Z.

Paix et Justice 2015 : Ma paix, Ta paix

En 2015, la Cour Internationale de Justice (CIJ) et les Nations Unies vont célébrer leur 70ème anniversaire. Aujourd’hui dans un monde de plus en plus indépendant, la gouvernance mondiale est devenue plus importante que jamais. Les conflits régionaux peuvent potentiellement affecter les économies et les sociétés de l’autre côté du globe. Si nous voulons créer un monde meilleur où il fait beau vivre, la justice et la paix sont primordiales pour nous tous.

Après un projet hautement réussi en 2014, le projet paix et justice, une initiative du Ministère néerlandais des Affaires étrangères, et la ville de La Haye – la ville de la Haye et le Mouvement Caricaturiste sont à nouveau de concert pour créer un débat mondial sur la paix et la justice qui va impliquer les caricaturistes et les étudiants du monde entier. Continuer la lecture de Paix et Justice 2015 : Ma paix, Ta paix

C’est quoi le vélo à votre avis ?

En septembre 2012, lorsque je mettais sur mon profil Facebook une photo où l’on me voyait à vélo, en plein cœur d’une forêt située au centre ouest de la Côte d’Ivoire, je savais déjà l’effet de surprise qu’une telle image pouvait créer sur ce réseau social. Cette photo avait été d’ailleurs l’une des photos les plus « likées » de ma page, avec plus de 100 mentions « J’aime ». En tout cas, les gens ont aimé, et parmi la centaine de commentaires, je pouvais lire entre autres, avec sourire : « Les beaux moments des vacances, il y a de cela des années en arrière ! »  « J’aimais beaucoup rouler à vélo », « Ha, ça c’est un très beau tableau ! », « Un recours et en même temps un retour aux sources ! lol », « Je ne te savais pas aussi doué avec les BABANIKOGO de nos chers parents ruraux ! lol chapeau ! », «Merci mon petit pour cette photo qui en dit long ! ». Chacun y allait de son commentaire.

Moi en 2012 sur un vélo qui a beaucoup servi pour les champs, crédit photo : Jean le Dur
Moi en 2012 sur un vélo qui a beaucoup servi pour les champs, crédit photo : Jean le Dur

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Voyage au cœur du droit international (Deuxième partie)

C’est déjà mardi. Sur la montre que j’avais au chevet du lit, il était enfin 7 heures, alors que j’étais encore dans mon lit, le regard plongé dans le décor du plafond de ma chambre. Malgré tout le confort qui caractérisait cet endroit, j’avoue que je n’ai pas fermé l’œil de toute la nuit. Il fallait rester éveillé, veiller sur l’horloge dont l’aiguille tournait au rythme du temps qui avançait avec peine. Pas question de dormir et prendre le risque de manquer cette occasion, compte tenu de la fatigue qui m’habitait ce soir-là. Depuis dimanche, dès l’arrivée de la délégation dont je faisais partie, les consignes données par les organisateurs du projet «Paix et Justice» étaient claires : « Ici en Hollande, nous tenons beaucoup à la ponctualité. Faites un effort pour ne pas être en retard… ». J’ai tout de suite compris que l’historique notion de l’« heure africaine » avait dépassé les frontières de mon beau et riche continent. Mais intérieurement, je me suis dit : « En tout cas, moi je ne suis pas concerné, je suis tout de même un adepte de la conscience horaire ! ».
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