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En mission d’observation pour le 1er tour de la présidentielle ivoirienne

Ce 24 octobre 2015, à quelques heures du scrutin présidentiel, nous sommes tous réunis dans l’une des salles d’un hôtel de la place, au quartier des affaires d’Abidjan – où la plateforme de veille électorale PEACE-CI a installé son QG. Tous les journalistes et blogueurs associés à cette initiative sont au rendez-vous. A la commande, Frédéric Gooré Bi et Daouda Coulibaly. Ils sont chargés de donner à l’équipe les instructions fermes pour une mission d’observation réussie.

L'équipe des Blogueurs et observateurs pour @Peace_civ, crédit photo : Daouda Coulibaly
L’équipe des blogueurs et observateurs pour @Peace_civ au côté de Nadia (Représentante de @OSIWA1, crédit photo : Daouda Coulibaly

Dans la foulée, les zones d’intervention sont réparties. « Magloire, tu t’occuperas de Yopougon, Songon et Attécoubé. » Ce n’est un secret pour personne, les premières zones citées constituent les bastions du président sortant Laurent Gbagbo. Elles ont été particulièrement agitées durant la crise postélectorale. Tout de suite, j’avais une idée de ce qui pourrait arriver une fois sur le terrain. Des idées bizarres se bousculaient dans ma tête : « Mais attends, ma mission sera d’observer et signaler les éventuels incidents. Et si moi-même je suis « dans incident », je fais comment ? » En même temps, j’essayais de me rassurer. « Aucune raison de m’inquiéter, je sais que tout se passera très bien. »

Le lendemain, jour du scrutin

Il est presque 6 heures du matin lorsque je quitte la maison. Je me renseigne auprès de mon premier interlocuteur tout aussi matinal que moi : « Bonjour mon frère ! S’il te plaît, comment je fais pour me rendre à « Songon » à partir d’ici ? » Vêtu d’un tee-shirt ayant visiblement connu des instants de gloire quelques années plus tôt, et d’un short qui laissait voir les mollets d’un athlète infatigable, il me répondit d’un ton laconique : « Depuis tu es en Côte d’Ivoire ici tu n’es jamais allé à « Songon » » ? Je reste silencieux quelques secondes, un peu stupéfait de sa réponse, avant de répondre « Non mon frère, c’est pour ça je veux aller voir là-bas aujourd’hui. » D’un air un peu plus détendu, il ajoute : « Mais il paraît que y’a élection aujourd’hui. Ce qui est sûr il faut t’arrêter là, il y a des voitures qui vont passer, on sait jamais. » Cet homme que j’ai trouvé un peu atypique m’a fait penser à une certaine catégorie d’Ivoiriens : des personnes très indifférentes à la particularité de ce dimanche 25 octobre, et celles pour qui une journée électorale rime avec un arrêt total de toute activité économique – pour ces personnes, élection = temps mort !

Nous on veut voter KABA KABA

Quelques minutes plus tard, je suis dans un véhicule pour ma première destination : « Songon Gare ». Sur place, c’est encore le calme du jour levant. Les premiers électeurs attendent, impatients devant certains bureaux de vote : « ÔÔÔhhh, ils nonka faire kaba kaba on va voter pour quitter ici ! » (pour dire, que les agents des bureaux de vote se dépêchent pour leur permettre de vite accomplir ce devoir civique). Environ 7 h 30 minutes, le scrutin débute dans quelques bureaux de vote, tandis que certains citoyens continuent à grogner d’impatience dans des files d’attente.

Les électeurs de l'établissement scolaire "Adiopodoumé" au quartier "Kilomètre 17"
Les électeurs de l’établissement scolaire « Adiopodoumé » au quartier « Kilomètre 17 », à 11h GMT

De « Songon à Attécoubé, en passant par le Kilomètre 17 et Yopougon, le vote se déroule sans incident, hormis des obstacles occasionnés notamment par un dysfonctionnement de la tablette. Tablettes vraiment « Banan Banan » comme pouvait se plaindre un électeur de « Songon Kassamblé » ou des agents de bureau de vote mal ou peu formés à l’usage de cet outil ? La question reste posée. Dans certains centres de vote « le désert électoral » était frappant, tant au niveau des représentants de certains candidats dans les bureaux de vote qu’au niveau de la participation générale.

Manque d’information ou ironie ? Certains Ivoiriens affichaient un désintérêt à cet événement indispensable pour la promotion de la démocratie. Juste à l’entrée d’un centre, un groupe de jeunes apparemment venus sur les lieux par simple curiosité m’interroge au vu de ma chasuble de terrain avec l’inscription « PEACE – CI  #Election apaisée » : « Mon frère, tu es venu observer les élections ? Mais à ce qu’on voit là on dirait y’a pas vote ici hein ! Parce que depuis matin là c’est calme comme ça ! ».

Le centre de vote du "groupe scolaire Mosquée" du quartier "Wassakara" à Yopougon, aux environs de 14h GMT, crédit photo : Magloire Zoro
Le centre de vote du « groupe scolaire Mosquée » du quartier « Wassakara » à Yopougon, aux environs de 14h GMT, crédit photo : Magloire Zoro

J’ai vu des citoyens qui avaient très mal de ne pas pouvoir voter

Une sexagénaire regrettait d’avoir parcouru une longue distance jusqu’à son lieu de vote en vain. Elle n’avait ni carte nationale d’identité, ni carte d’électeur et n’avait malheureusement pas bénéficié de la bonne information à temps. J’étais très peiné de voir cette dame presque mendier afin d’obtenir le sésame pour choisir son candidat.  J’ai suivi ses échanges avec le président du bureau de vote.

Elle, s’adressant au représentant de la CEI : Mais mon fils, j’ai mon récépissé d’identification pour la carte nationale d’identité.

L’agent : Non Maman, tu peux pas voter avec ça. Elle ajoute, les mains tremblantes, fouillant son portefeuille : « Et l’attestation d’identité ? » Le jeune agent, tout serein « Maman c’est impossible, on dit carte nationale d’identité ou carte d’électeur » Encore animée d’un grand espoir, la « Mémé » insiste : « Et ma carte de pension, ou bien ma carte de retraitée ? » « Non Maman, vraiment je suis désolé, tu veux bien voter mais on peut rien faire pour toi. » Visiblement très déçue, elle dit avec une voix à peine audible : « Eeh si je savais j’allais envoyer l’ancienne carte d’identité (verte) là ! » Pourtant, ce document, même s’il était présent ce jour là, ne lui aurait pas permis de voter. Une preuve que l’information ne passe pas toujours comme le souhaitent nos autorités. Les informations d’une telle importance devraient être relayées par les populations. Qu’ont fait par exemple les enfants et petits enfants de cette dame pour qu’elle soit si désinformée et surprise comme si aucune sensibilisation n’avait été faite ?

M.Z.

Présidentielle : la jeunesse ivoirienne refuse d’être nostalgique de la paix

Sorti du boulot à 16 h 30 comme d’habitude, je ne suis pas rentré directement à la maison. Un peu plus tôt, Daouda m’avait contacté pour me parler d’une rencontre prévue le soir à 17 h avec Clara qui venait des Pays-Bas. Elle n’est pas à sa première visite en Côte d’Ivoire. « Babi » l’avait déjà reçue auparavant dans le cadre des activités de la plateforme Ivoire Justice. C’est justement pour la même raison que cette jeune dame dynamique déposait encore une fois ses valises dans un hôtel de la place. Dans ses affaires se trouvait la logistique nécessaire pour un excellent projet en faveur d’élections apaisées en Côte d’Ivoire : réunir tous les jeunes leaders de toutes les couches sociales ainsi que de tous les bords politiques pour parler de paix, de non-violence, de tolérance, en bref, pour discuter dans un esprit collaboratif et constructif de toutes ces valeurs qui ont parfois fait défaut à la jeunesse.

Quoi de plus intéressant pour m’encourager à faire ce détour avant de retrouver mon chez-moi. Quelques minutes plus tard, encore Daouda au téléphone : « Magloire, désolé, c’est plutôt à 19 heures, et ce sera pour un dîner. » J’ai commencé à sentir que mon détour serait vraiment intéressant.  De nos jours les invitations à dîner ça ne court pas les rues. Les moyens du pays sont trop « sérénisés » à l’heure là, on dit « l’argent circule pas, il travaille pour nous. » Là là on va dire quoi ?

Un dîner d’échanges préparatoires pour le #MeetUpCivPaix

A 17 heures précises, j’étais déjà au lieu du rendez-vous. Après environ deux heures d’attente, je rejoins l’espace plein air où se trouvaient déjà les autres pour le dîner. J’aperçois tout de suite Clara, heureux de l’avoir retrouvée après plusieurs mois. J’ai l’occasion de faire la connaissance de Gaëlle, collaboratrice de Clara et responsable marketing à la Rnw. Tour à tour, j’ai eu le plaisir de revoir et cette fois physiquement, certains visages qui jusque-là je ne connaissais que virtuellement. Atto Elie Kouamé, Charles N’Guessan, Nanda Seye, Stéphane Kra, tous étaient de la partie, non seulement pour dîner, mais surtout pour réfléchir ensemble sur l’événement qui devait se tenir le lendemain à l’Institut Goethe d’Abidjan : Le #MeetUpCivPaix est un événement que nous attendions tous depuis, vu sa pertinence et son importance. Mangeant avec appétit du poisson braisé pour les uns et du poulet pour les autres, les derniers échanges ont permis d’avoir une idée plus nette du déroulement pratique de l’activité.

Le dispositif d’accueil au #MeetUpCivPaix

Le stand d'accueil au #MeetUpCivPaix, crédit photo : Magloire Zoro
Le stand d’accueil au #MeetUpCivPaix. Crédit photo : Magloire Zoro

Après une nuit pas très confortable suivie d’un réveil précipité, j’arrive sur le site de l’événement à 9 h, largement dans le temps, puisque le début de l’activité est prévu pour 9  h 30. Une fois dans la cour de l’Institut, les organisateurs distribuent des kits à l’effigie de Ivoire Justice. C’était vraiment super ! Mieux, mon attention fut retenue par une invitation de mon interlocuteur Stéphane Kra à écrire et afficher mon mot pour la paix sur un mur conçu à cet effet. Une idée que j’ai trouvée très originale et de nature à inspirer.

Les participants qui venaient au fur et à mesure allaient avec gaieté de cœur afficher leur conception de la paix. On pouvait lire à travers ces mots, le désir ardent que chacun avait de vivre plus que jamais dans un climat de paix : « Djo la paix est mieux », « La paix une culture, la culture de la paix », « Pourquoi pas la paix ? », « J’ai souffert de la guerre, je veux la paix », « La paix commence avec moi », « Ecouter les autres », « Amour dans le cœur de tous », « Paix chez nous ! », « Paix pour impacter le monde ! »… tels sont les mots qui caractérisaient de manière éloquente les attentes de tous pour la paix, cette paix dont nous sommes très souvent nostalgiques.

Une participante affichant son mot sur le Mur de la Paix, crédit photo : Magloire Zoro
Une participante affichant son mot sur le Mur de la Paix, crédit photo : Magloire Zoro

Quand la jeunesse se réunit pour parler de paix : #MeetUpCivPaix

La situation de crise que nous avons vécue a contribué à placer la recherche de la paix au centre des préoccupations de la jeunesse. De plus en plus, les jeunes s’organisent et se mobilisent pour se parler franchement – parler de paix et penser aux stratégies idoines pour la maintenir et la renforcer. J’ai pu ressentir cet élan ce jour-là dans les propos des uns et des autres au cours du #MeetUpCivPaix. Il fallait y être pour comprendre à quel point la jeunesse s’est résolue à ne plus servir la cause de la violence en faveur de certains politiciens véreux.

« Chacun a dit son Gbai », toutes les vérités possibles afin de se libérer. L’une des participantes, victime de la crise postélectorale de 2010 n’a pas mâché ses mots. Elle affirme : « Avec ce que j’ai vécu, la politique et moi, on se voit loupé ! ». Pour un autre  : « Le président de la République n’est pas Jésus Christ, il est plutôt un employé du peuple par le biais du vote ! »  Cette intervention n’a pas manqué d’arracher des éclats de rire à cette assemblée forte de sa diversité : tous les jeunes leaders d’associations de jeunesse, de toutes les couches sociales, de différents bords politiques étaient réunis pour la même cause, celle de la Paix durant ces élections et après.

Une vue des participants en plein atelier, crédit photo : Daouda Coulibaly
Une vue des participants en plein atelier. Crédit photo : Daouda Coulibaly

En vue de montrer notre engagement, nous n’avons pas voulu limiter nos intentions à ces 4 murs de l’Institut Goethe. A l’issue des travaux en ateliers, nous avons pu noter les principales causes qui entravent la paix pendant les élections. Il s’agit essentiellement de l’instrumentalisation de la jeunesse, une jeunesse en manque d’organisation et inféodée aux partis politiques, l’irresponsabilité de cette jeunesse qui a parfois un goût prononcé de la facilité, enfin la mauvaise manipulation de l’information par les médias (organes de presse écrite et audiovisuel).

Tous les participants étaient d’accord qu’il était impérieux de tourner la page afin de laisser la place à une jeunesse beaucoup plus mâture et responsable. Après un concert marquant la fin de la rencontre,  chacun est rentré chez lui avec à l’esprit un engagement encore plus fort pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire. Vous pouvez rejoindre notre Village Félix Houphouët-Boigny pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire.

M.Z.