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15 ans de la CPI : 15 questions à Fadi El Abdallah, son porte-parole

À la Conférence de Rome de 1998, marquant l’avènement du Traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), les Déclarations les plus significatives qui furent faites au sujet de cette institution judiciaire très innovante émanaient de l’Afrique. Sans le soutien de nombreux pays africains, le Statut de Rome n’aurait peut-être jamais été adopté. Continuer la lecture de 15 ans de la CPI : 15 questions à Fadi El Abdallah, son porte-parole

Pourquoi le Burundi n’échappera pas à la Cour pénale internationale ?

C’est fait. Ils ont mis les pieds dans le plat. Ils ont osé. Traduisant ainsi en acte, la volonté de certains états membres de l’Union Africaine (UA) de se retirer de la Cour pénale internationale (Cpi). Les chefs d’accusation dont ils se prévalent pour donner vie à leurs envies sont entre autres : Continuer la lecture de Pourquoi le Burundi n’échappera pas à la Cour pénale internationale ?

Procès Laurent Gbagbo et Blé Goudé : le monde vous regarde, Madame la Procureure

Dans deux jours s’ouvre un procès très attendu – ou plutôt deux procès en un – à la Haye, aux Pays-Bas : ceux de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et du leader de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé, que ses fans appellent affectueusement « Zadi Gbapê », le « Génie de Kpô », ou encore « le général de la rue ». Après plusieurs reports, tous les regards sont désormais tournés vers eux. Et chacun, de là où il se trouve, espère que le droit sera dit en toute indépendance, et avec impartialité. Depuis l’examen préliminaire lié à cette affaire, juristes ou pas, d’ici et d’ailleurs, tout le monde souhaite y voir plus clair.

La plupart des gens qui ont appris l’existence de cette juridiction avec cette poursuite souhaite d’abord comprendre à quoi elle sert véritablement, mais aussi, comment elle fonctionne rééllement.

Parmi eux, vous le savez déjà, on dénombre plusieurs partisans des deux prévenus, actuellement détenus dans la prison de Scheveningen (A l’heure où j’écris, je sens que certains ont déjà apprêté leur matelas et leurs draps pour dormir devant la CPI).

(Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)
(Photo d`archive utilisée juste a titre d`illustration)

Madame la procureure, vous-même imaginez un peu la mobilisation qu’il y aura autour de vos bureaux durant cette période. Imaginez les attentes de ces personnes qui sans doute dormiront à la belle étoile, rien que pour soutenir leurs leaders et réclamer leur libération. Je ne suis pas en train de vous dire de faire attention à elles ou de vous laisser influencer par le poids de leurs éventuelles manifestations. Le plus important étant de dire le droit, rien que le droit, et toujours le droit. Néanmoins, appréciez un peu cet aspect et mettez dans la balance la lourde responsabilité à laquelle vous ferez face dès jeudi : celle de permettre la relaxation ou la condamnation des personnes concernées. Ce n’est pas tout !

De l’autre côté, on a ceux qui souhaitent leur condamnation. Pour eux, Gbagbo et Blé Goudé n’ont aucune chance de s’en sortir : « Ils ont trop fait de mal, ils doivent rester là bas ! ». Eux, ce sont notamment les victimes proches du parti au pouvoir, ainsi que certains leaders dudit pouvoir qui souhaitent que la justice aille dans le sens de l’intérêt de ces victimes. Ce qui est d’ailleurs la raison d’être de l’institution dont vous avez la charge. Il est donc clair que vous et votre équipe aurez vraiment du fil à retordre. Franchement, ce ne sera pas aussi simple que ça, et vous en êtes consciente du côté de la Haye. Le chemin vers la manifestation de la vérité sera long et tortueux. Les obstacles à surmonter rivaliseront avec les coups à supporter. L’endurance devra être de mise, la transparence aussi.

Crédit photo : rightswatch.ca
Crédit photo : rightswatch.ca

Comment satisfaire les deux parties ? Si vous avez la réponse, je ne peux que m’en réjouir. Je me souviens juste d’une expression juridique latine qui dit et je cite : « Dura Lex, Sed Lex » (La loi est dure, mais c’est la loi). C’est qu’à tous les coups, un camp sera mécontent à la fin du procès. Mais bon, tant que c’est la voix du droit qui se fait entendre, l’humanité vous applaudira et ce, au plus grand profit de la Cour.

Madame la Procureure, ce que nous attendons de vous, c’est surtout, je dis bien surtout, la clarté et l’indépendance avec laquelle sera conduit le processus. C’est cela la colonne vertébrale qui va maintenir et renforcer la crédibilité de la Cour. Vous savez que sa réputation est déjà entamé, j’imagine ? Tandis que certains l’accusent d’être un « joker des Etats puissants », un instrument politique, une justice qui embraye à deux vitesses, d’autres vous accusent à tort ou à raison d’être vous-même « une marionnette » au service de ces Etats « pour traquer vos propres frères africains ».

Vous suivant de près, je sais que vous n’aimez pas du tout ce genre de propos à votre encontre, mais, Madame la Procureure, c’est pourtant bien ce qui se dit ici, alors comment fait-on ? Pour ma part, je sais que pour quelqu’un ayant fait ses études de droit dans l’une des plus grandes universités du Nigéria, et au regard de votre fermeté, vous n’êtes pas aussi facilement manipulable. Sauf si au fond, la Cour (CPI) a ses raisons que nous ignorons. Le peuple vous regarde : vous avez entre vos mains l’une des clés de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Si vous forcez dans la serrure et que ça se casse : ah ! L’affaire sera complexe, pour vous-même comme pour l’avenir de la Cour.

J’oubliais, Madame la Procureure : permettez moi de vous projeter déjà au-delà de ce procès d’actualité.  Comment se passent les poursuites, là-bas ? Auriez-vous donc laissé tomber ? A votre nomination, le 12 janvier 2012, vous aviez promis que « la justice profitera aux deux camps ! », alors je m’interroge. Dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier de Rfi au début février 2015, pendant laquelle il vous demandait si vous avez déjà lancé des mandats d’arrêt contre des personnes proches du président Alassane Ouattara, vous répondiez en ces termes : « L’enquête est en cours. Mais je peux vous garantir que personne ne sera épargné. En cette année 2015, il faut s’attendre à ce que nous intensifions notre enquête sur les crimes commis dans le camp Ouattara – c’est tout ce que je peux vous dire pour l’instant. » 2015 est vite passé Madame la Procureure, et nous sommes rentrés en 2016 sans avoir une idée claire de la situation. Je suis, comme vous, très passionné par la justice et j’ai peur que le manque de communication de votre part sur certains cas puisse donner des arguments faciles aux détracteurs de la CPI.

En attendant d’y revenir, Honorable Madame la Procureure, faites tout ce que le droit vous permettra de faire pour décourager à jamais tous ceux qui ne croient pas ou plus ni en vous, ni en cette juridiction si chère à la lutte contre l’impunité.

M.Z.