Environnement : Rapprochons nous de la Forêt du Banco !

Habitué de cette vitrine de conservation du patrimoine forestier qui est presque devenue ma seconde maison, ce lundi 05 juin a été une fois de plus l’occasion pour moi de me rapprocher de la nature. Passer du bon temps dans ce Parc qui, malheureusement fait bien souvent l’objet de préjugés sans réels fondements : « C’est un repère de bandits », « il y a des génies dedans qui provoquent les accidents sur l’autoroute ». On aura tout entendu sur la forêt du Banco, qui pourtant, est non seulement sécurisée de jours comme de nuits par des patrouilles de la police forestière, mais en plus, rend d’énormes services écologiques à la ville d’Abidjan.

Un panneau qui traduit éloquemment la pensée du Père fondateur de la Côte d’Ivoire en faveur de la protection de l’environnement. Crédit photo : Magloire Zoro

L’ayant découvert courant 2012, une seule idée m’anime jusque-là. Désormais, partout où besoin sera, je m’engage à aider à mieux faire connaître ce site à tous ceux qui n’en ont (presque) aucune idée.

M.D. étudie dans le domaine de la modélisation climatique et s’intéresse particulièrement aux questions liées à la qualité de l’air. Comme la plupart des habitants de la Côte d’Ivoire, l’idée de passer même quelques petites minutes au cœur de cet imposant massif forestier ne lui a jamais traversé l’esprit. Après plusieurs visites reportées pour des raisons diverses, je suis parvenu à la convaincre de tenter cette expérience qui lui permettra de voir ce lieu autrement, positivement.

MD, émerveillée par la beauté et le calme de la nature. Crédit photo : Magloire Zoro

La pluie qui s’abattait cette journée-là n’a pas suffi à nous faire changer de programme. Mieux, M.D. était déterminée à « démystifier » la Forêt du Banco. Et je ne pouvais qu’en être heureux, compte tenu du caractère symbolique du moment choisi : la célébration de la Journée mondiale de l’Environnement.

A bord du taxi, le conducteur, un peu perplexe, avoue que lui, ne s’est jamais rendu au « Banco ». Je le rassure aussitôt, en lui promettant que ce sera une belle découverte pour lui. Une vingtaine de minutes plus tard, nous sommes à l’entrée principale, où sont installés des Agents de l’Office ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR) qui se chargent de contrôler l’accès. Là, il faut payer une autorisation d’entrée au Parc dont le coût s’élève à 1000 FCFA pour les nationaux, et 5000 FCFA pour les non nationaux.

Suite à la satisfaction de ces formalités, il n’a pas fallu longtemps à MD pour qu’elle comprenne la raison de mon attachement à ce lieu.

Pourquoi aller à la découverte de la Forêt du Banco ?

Le tout premier Parc de la Côte d’Ivoire avec 3474 hectares repartis sur les communes d’Attécoubé, d’Adjamé, et Yopougon fut créé en 1924 pour des expériences forestières, avant d’être une station de recherches en 1929 pour enfin devenir un Parc national le 31 octobre 1953. Il dispose d’un arboretum créé depuis 1931 afin de développer des recherches et études expérimentales, avec près de 800 espèces d’arbres dont les noms scientifiques sont perceptibles sur des écriteaux. Cependant, certains sont à peine lisibles et interpellent quant à leur réhabilitation.

Déformation du mot Ebrié (une ethnie du Sud de la Côte d’Ivoire) « Gbancô »  et signifiant « source d’eau rafraichissante », « Banco » est baptisé par les personnes averties, « poumon vert d’Abidjan ». En effet, il absorbe environ 34000 tonnes de gaz carbonique par an, 104000 à 270000 tonnes de poussière par an et rejette 68000 tonnes d’oxygène dans l’atmosphère. Que serait la ville d’Abidjan et ses habitants  sans cet avantage écologique ?

Malgré tout, elle est très souvent l’objet de menaces permanentes

Une vue du niveau de dégradation de la Rivière « Banco », occasionnée par des eaux de ruissellement provenant du côté nord du Parc. Crédit photo : Magloire Zoro

En dépit de son fort potentiel écotouristique, elle n’est pas à l’abri de nombreuses atteintes, notamment le cas des eaux de ruissellement, issues de la commune d’Abobo au nord du Parc, qui la traverse, rendant cette rivière impropre, et causant des dégâts importants sur les ressources naturelles que regorge le « Banco « .

Je me souviens encore d’une anecdote partagée par l’un de nos guides. Celui-ci croyait bien faire de présenter au cours d’une visite, les différentes espèces de plantes aux amoureux de la nature qu’il recevait ce jour là – dont l’une est reconnue pour ses vertus aphrodisiaques. « Ici, vous avez la plante du « curdent gouro », avait-il informé les visiteurs qui l’écoutaient religieusement. Quelques jours plus tard, il revient au même endroit, espérant pouvoir faire découvrir la précieuse plante à de nouveaux hôtes. A sa grande surprise, ce périmètre avait été désherbé (nettoyé proprement) comme on nettoie un champ d’ignames, sans même laisser aucune racine ! Au fait quelqu’un est sans doute revenu (peut être nuitamment), tout récupérer. Depuis cet incident, il décida d’éviter de tout montrer.

Visiblement heureuse de cette promenade enrichissante, M.D. ne regrette pas d’être là, en ce temps pluvieux. D’ailleurs, nous étions les seuls visiteurs à ce moment là, accompagnés de Adamo, un jeune natif du village de l’école forestière.  Il faut vraiment aimer la nature pour le faire !

Le paisible village de l’école forestière, une sympathique communauté

L’école forestière. Crédit photo : Magloire Zoro

Nous nous reposons quelques minutes dans l’une des habitations de ce petit village de 11 familles situé en plein cœur de cette forêt, où je présente à M.D. quelques membres de la famille que je côtoie depuis mes premières visites. Ce village doit son nom à la présence d’une école forestière, vieille de 80 ans (créée en 1937), 16 ans avant l’érection de la forêt du Banco en Parc. Première école forestière de l’Afrique Occidentale Française (AOF), elle reçoit ses premiers élèves en 1938 et est sous tutelle du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural.

Un tour dans les locaux de ladite école nous a permis de discuter avec le Lieutenant K.K.J. qui en est le Chargé d’études. Il nous apprend  qu’à l’origine, cet établissement dont l’effectif total s’élève à 73 élèves (17 femmes et 56 hommes) pour l’année académique 2016-2017 avait comme vocation la formation des agents techniques des eaux et forêts. « Avant, le nombre de candidatures s’élevait à 30.000 pour 800 places. Mais depuis la suppression de l’école forestière, le nombre de candidatures a nettement baissé. Sur 2000 à 3000, les organisateurs retiennent toujours 800 élèves. » Tient-il à préciser. Cette année, elle forme en pisciculture, étang, pisciculture en cage et enclos, techniques de pêches, technologie des engins de pêche, natation, nutrition en cage et enclos, canotages, confection des cages et enclos, construction d’étangs et barrages, physiologie de la reproduction des poissons, limnologie.

Comment intégrer l’école forestière ?

Bâtiment servant de dortoir aux élèves de l'école forestière. Crédit photo : Magloire Zoro
Bâtiment servant de dortoir aux élèves de l’école forestière. Crédit photo : Magloire Zoro

A cette question, le Lieutenant nous répond qu’il existe deux moyens : une formation qualifiante (d’une durée de 6 mois) avec un niveau minimum de 5eme et une formation diplômante, sur la base d’un concours, avec un niveau 3eme ou Baccalauréat. Les formations qualifiantes consistent à apprendre entre autres, à faire de l’élevage, saigner l’hévéa et est sanctionnée par une attestation. Avant d’ajouter que le concours est organisé tous les ans par le Ministère de l’agriculture et du Développement Rural et l’âge requis est de 18 ans minimum, 32 ans maximum. Toutefois, le Chargé d’études qui est par ailleurs, Coordonnateur de l’école regrette la difficulté d’accès à des partenaires financiers pouvant accompagner les projets de fin de formation de leurs élèves.

Notre balade forestière s’est achevée par la visite de la Maison de la Nature, un bâtiment qui, au temps colonial, servait de résidence au Gouverneur Reste. Réhabilité par le Groupe SIFCA, ce musée représente une véritable école où l’on a l’occasion de beaucoup apprendre sur la faune et la flore du « Banco », et celles des autres Parcs.

A l’issue de notre balade, nous sommes sortis de ce généreux couvert forestier par la marche (4 kilomètres) en  nous promettant de faire profiter de cette expérience à notre entourage.

M.Z.

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