C’est quoi le vélo à votre avis ?

En septembre 2012, lorsque je mettais sur mon profil Facebook une photo où l’on me voyait à vélo, en plein cœur d’une forêt située au centre ouest de la Côte d’Ivoire, je savais déjà l’effet de surprise qu’une telle image pouvait créer sur ce réseau social. Cette photo avait été d’ailleurs l’une des photos les plus « likées » de ma page, avec plus de 100 mentions « J’aime ». En tout cas, les gens ont aimé, et parmi la centaine de commentaires, je pouvais lire entre autres, avec sourire : « Les beaux moments des vacances, il y a de cela des années en arrière ! »  « J’aimais beaucoup rouler à vélo », « Ha, ça c’est un très beau tableau ! », « Un recours et en même temps un retour aux sources ! lol », « Je ne te savais pas aussi doué avec les BABANIKOGO de nos chers parents ruraux ! lol chapeau ! », «Merci mon petit pour cette photo qui en dit long ! ». Chacun y allait de son commentaire.

Moi en 2012 sur un vélo qui a beaucoup servi pour les champs, crédit photo : Jean le Dur
Moi en 2012 sur un vélo qui a beaucoup servi pour les champs, crédit photo : Jean le Dur

Je venais ainsi de susciter une vive nostalgie chez les uns tandis que les autres en faisaient un objet de railleries. Pourtant, comme l’a si bien évoqué l’un des commentateurs, cette photo en disait vraiment long. En effet, derrière le geste banal que je venais de faire en la choisissant pour mon profil, je voulais non seulement joindre le naturel à l’agréable, mais en même temps attirer l’attention de mes ami(e)s sur l’utilité de ce moyen de déplacement au sein de nos sociétés. Il s’agissait pour moi de briser un certain complexe quand on sait que, sur ces réseaux sociaux, la plupart des utilisateurs veulent toujours paraître chics, posant soit à des endroits de haut standing, soit au volant de grosses cylindrées, qui bien souvent ne leur appartiennent même pas. Mais comme on le dit ici: «On va faire comment, il faut bien pouvoir prendre des points auprès des Petites !»

En Côte d’Ivoire, le vélo est couramment appelé « BABANIKOGO ». C’est une expression Malinké, une langue du nord de la Côte d’Ivoire, qui traduit la salutation faite à un père qui vient d’effectuer des travaux champêtres. Ainsi, dans les zones rurales, une fois Papa rentré des champs au coucher du soleil, les membres de la famille qu’il trouvera dans la concession devront crier en cœur « BABANIKOGO !!! »  Ils n’ont même pas besoin d’attendre qu’il leur adresse en premier une salutation, surtout gare à celui qui failli à cette règle. Ce jour-là, il paiera le plus lourd tribu de la fatigue du chef de famille liée aux travaux champêtres. Cette appellation du vélo nous amène aisément à la place principale qu’occupe cet engin à deux roues dans le pays. Avec un coût accessible en moyenne pour les populations paysannes, c’est le moyen de déplacement le plus utilisé dans cette partie du pays, à tel point que celui qui offre un vélo pour les champs au villageois qui rêvaient d’en obtenir sera béni par ce dernier de la manière la plus remarquable possible.

A côté du vélo utilisé pour les travaux champêtres, il y a celui qu’on trouve le plus souvent en ville, appelé VTT (Vélo Tout Terrain) ou vélo de courses. C’est ce type de vélo que les parents qui ont des moyens offrent parfois en guise de cadeaux à leurs progénitures. Celles-ci trouvent là un moyen de frimer au quartier. En ce qui me concerne, j’ai eu droit à mon premier VTT lorsque j’étais en classe de quatrième. A cette époque, en dehors de l’importance que revêt cet engin à usage sportif ou en tant que moyen de déplacement, je n’avais aucune idée de son aspect écologique. Il a fallu que je sois en Hollande, en novembre dernier, pour me rendre compte que le vélo devrait davantage être reconnu par tous, populations et autorités comprises, afin que nous nous débarrassions de cette erreur d’appréciation à son égard.

Aux Pays-Bas, notamment à Amsterdam, presque tout le monde se déplace en deux-roues, si bien que les vélos sont omniprésents dans les rues. La « petite reine », comme l’appellent les néerlandais, constitue l’un des moyens de déplacements les plus privilégiés dans ce royaume. Une telle appellation vient du fait que la reine des Pays-Bas est une fervente utilisatrice du destrier à deux roues. Comme quoi, lorsque l’exemple vient d’en haut, il est bien sûr beaucoup plus facile de mettre tout le monde au vélo, sans distinction aucune. Dans les rues, je pouvais voir des mamans, et même des mémés, à vélo avec des « porteuses » dans lequel se trouvent leurs enfants. Pour être précis, ce n’est pas parce qu’ils ne possèdent pas de véhicules ou parce qu’ils n’ont pas les moyens d’en acheter ! La plupart du temps, ce choix répond à un souci culturel, mais surtout écologique.

Vue d'un parc à vélos en plein cœur de la Haye, crédit photo : Magloire Zoro
Vue d’un parc à vélos en plein cœur de la Haye, crédit photo : Magloire Zoro

Un soir, à la sortie d’un dîner dans un beau restaurant de la place, la délégation dont je faisais partie décide d’accompagner l’ambassadeur des Organisations internationales aux Pays-Bas à la porte au moment où il décide de regagner sa résidence. Après les civilités d’usage, je jetais des coups d’œil furtifs ici et là pour voir dans quelle voiture dernier cri il allait monter. A ma grande surprise, ainsi qu’à celle de tous mes camarades présents ce jour, cette autorité néerlandaise enfourcha tranquillement sa bicyclette et prit la route. Cela nous a fait beaucoup réfléchir ! En outre, j’étais très loin d’imaginer qu’il pouvait y avoir des parking à vélo aussi vastes, tels que je les ai découverts dans ce pays. La première fois, je me disais : « Mais ici on vend des vélos un peu partout hein ! » Pourtant, c’était des parkings. Depuis lors, j’ai gardé à l’esprit l’idée que nos Etats gagneraient à coopérer avec la Hollande en vue de changer la conception que nous avons du vélo et promouvoir son usage car, pour ce que je sais, en matière de qualité de vie, l’utilisation du vélo apporte beaucoup au Royaume des Pays-Bas.

M.Z.

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