Voyage au cœur du droit international (Dernière partie)

Vous aurez aujourd’hui, à travers ces lignes, de plus amples informations sur le projet «Paix et Justice», cette excellente initiative du Ministère néerlandais des Affaires étrangères. Mais avant, permettez que je partage avec vous les étapes intéressantes et fort enrichissantes de mon séjour néerlandais.

La journée du mercredi 19 novembre a été un peu plus calme, mais riche en découvertes et en informations sur le monde médiatique néerlandais. Ce jour-là, après un sommeil approximatif, j’ai retrouvé les autres participants dans le bus qui devait nous transporter pour la visite.

Des médias à la pointe de la liberté d’expression

Destination Hilversum, une commune néerlandaise, dans la province de la Hollande-Septentrionale. Reposant dans un silence tombal, cette petite ville bourgeoise a cependant une particularité: elle accueille la plupart des entreprises de radio et de télévision néerlandaises, dont la Radio Netherlands Worldwide qui prenait également part à l’initiative du gouvernement néerlandais en faveur de la paix et de la justice. En effet, il faut y avoir été pour mesurer l’ampleur de la considération que ce royaume accorde à ce « quatrième pouvoir » que sont les médias et qui malheureusement peine parfois à s’exprimer au sein de nos Etats en Afrique. Une idée qui m’a traversé l’esprit ce jour-là était que chaque dirigeant issu de ces Etats, qui piétinent parfois ou un peu trop souvent (c’est selon) la liberté d’expression, devrait programmer dans son agenda au moins une visite dans cette « ville des médias néerlandais » pour à la fois comprendre et prendre des orientations plus saines.

La délégation des Journalistes à l'entrée du siège de la RNW, crédit photo : M. Zoro
La délégation des Journalistes à l’entrée du siège de la RNW, crédit photo : M. Zoro

Une visite dans les différents départements de la RNW m’a permis d’avoir davantage de respect pour l’esprit d’originalité et de productivité du journaliste néerlandais. Là-bas, il existe une émission spéciale, la seule émission aux Pays-Bas à collaborer avec la police néerlandaise en vue de mettre fin à la « carrière » des criminels et bandits de grands chemins.  La stratégie de Osporing Verzocht repose sur les appels anonymes de ses auditeurs, qui permettent à la police de bénéficier d’indices nécessaires à leur mission.  Au moment de notre visite, j’ai pu noter que 17 personnes ont été mises aux arrêts grâce à cette collaboration singulière et 11 criminels sont toujours en cavale. La suite de cette journée a été marquée par une séance d’échanges, dans l’une des salles de formation. Elle a eu pour objet les idées reçues sur la Cour pénale internationale (CPI). Puis nous nous sommes penchés sur les activités de Ivoire justice, une plateforme qui traite essentiellement des affaires judiciaires de la Cour pénale internationale en rapport avec la Côte d’Ivoire. J’étais, comme tous les autres membres de la délégation, satisfait d’avoir beaucoup appris sur le métier de journaliste et l’importance de son indépendance.

La fin du séjour était de plus en plus proche.  Les jours se succédaient tellement vite dans ce pays qui bouge à 200 km/heure. Je m’étais déjà approprié la vision de ce noble projet, celle de concilier l’ancrage des valeurs de paix et de justice au sein de nos sociétés avec l’indépendance journalistique.

Ainsi, la journée du jeudi se voulait plutôt académique. C’est le Dr  Olivier Ribbelink de l’Institut T.M.C. Asser   qui a accueilli la délégation pour une rencontre autour du thème « Comment les tribunaux de La Haye et les organisations pour la justice internationale sont reliés les uns aux autres, comment communiquent-ils ? » Ce fût une table ronde très enrichissante.

Au cours de cette journée au pas de course, l’un des points forts a été le déjeuner au Ministère de la sécurité et de la justice. Dans ce bâtiment de haute importance pour le gouvernement néerlandais, dont les moyens d’accès nous rappelaient que nous n’étions nulle part ailleurs qu’au Ministère de la sécurité et de la justice des Pays-Bas, nous avons, au cours du repas, été entretenu par nos hôtes sur l’organisation des activités du Ministère dans le domaine du droit international. J’ai eu connaissance de l’existence d’un important traité dont font partie le Royaume des Pays-Bas, la République argentine, le Royaume de Belgique, la République du Sénégal et la République de Slovénie. Il s’agit d’un traité multilatéral en matière d’entraide judiciaire et d’extradition pour la poursuite nationale des crimes internationaux les plus graves. Mais curieusement, parmi les Etats parties à cet instrument juridique, je ne comprends pas pourquoi il n’y a que le Sénégal comme Etat africain (Ou bien les autres ne sont pas au courant de ce texte ?). Bon, apparemment chacun a ses priorités. Cap sur la Maison de l’Humanité, là où nous attendaient impatiemment des étudiants de l’Ecole supérieure de La Haye (HHS) pour un dialogue sur la «Paix et la Justice». Mais avant, j’aimerais bien parler de l’équipe du projet «Paix et Justice», qui a coordonné toutes ces activités jusque-là.

« Influentials programme »

Mme Ingrid De Beer, Chef du Projet Paix  et Justice
Mme Ingrid De Beer, chef du projet Paix et Justice, crédit photo : Ramaz Melashvilli

Il s’agit de l’équipe de gestion du projet «Paix et Justice» dont la mise en œuvre s’articulera en quatre parties:

1°) L’organisation aux Pays-Bas de visites de personnes influentes et intéressées par les questions de paix, de justice et de résolution des conflits. Ces visites portent essentiellement sur les tribunaux et institutions basées à La Haye et pourraient également être offertes à des résidents néerlandais.

2°) Les visites en dehors des Pays-Bas, dont les principaux acteurs seront les présidents des tribunaux basés à La Haye, les personnalités du monde universitaire, les ONG, le maire de La Haye, pour ne citer que ceux-là.

3°) L’organisation de sessions d’éducation à la paix, à la justice et à la résolution des conflits pour les diplomates, les stagiaires et le personnel des organisations internationales.

4°) Les sessions de discussions sur la paix et la justice, en l’occurrence le « Hague Talks » qui comprendra également un aspect lié à l’éducation aux valeurs de paix et de justice à partir de 2015 – et qui vise à faire de La Haye une cité internationale de la paix et de la justice. Dirigé par Mme Ingrid De Beer, la stratégie de « Influentials programme » repose principalement sur un appel à contribution des personnes influentes dans leurs domaines respectifs afin de permettre à ces dernières de prendre part à des programmes de sensibilisation aux valeurs de paix et de justice dans le monde. A ce jour, ce projet compte 160 organisations internationales basées à La Haye ainsi que des institutions académiques œuvrant pour un monde pacifique, juste et plus sécurisé. Pour 2015, les activités retenues seront entre autres la célébration de la Résolution 1325 des Nations Unies sur les femmes et la paix, le 70e  anniversaire de la Cour internationale de justice et de l’ONU, le week-end de la paix (au Palais de la Paix, bien entendu) et des événements prévus en Egypte, en Côte d’Ivoire, aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Il aura notamment la création de réseaux sociaux francophones dans le souci de donner une approche plus globale au « Hague Talks », une composante importante de ce projet. Qu’en est-il exactement ?

Le « Hague Talks »

En effet, le succès de cette idée géniale constitue l’une des plus grandes attentes du projet «Paix et Justice» : Le « Hague Talks »  ou les « Débats de La Haye ». C’est une plate-forme de réflexion, numérique et physique, élargie et approfondie autour des questions de paix et de justice. Le but de cette trouvaille est de promouvoir, par des moyens interactifs, la participation d’ONG, d’institutions internationales basées à La Haye, de journalistes, de blogueurs, d’étudiants et d’autres parties prenantes, les idéaux de paix et de justice. Il a comme vocation d’être un lieu de rencontres pour les jeunes et décideurs politiques de tous bords ayant un esprit créatif et novateur.

Session de "Hague Talks" à la Maison de l'Humanité en compagnie des étudiants de l’Ecole supérieure de la Haye (HHS), crédit photo : Ramaz Melashvilli
Session de « Hague Talks » à la Maison de l’Humanité en compagnie des étudiants de l’Ecole supérieure de la Haye (HHS), crédit photo : Ramaz Melashvilli

Ouvert à un large public, tant à la Haye qu’ailleurs, ces échanges seront l’occasion pour les uns et les autres d’apporter de manière remarquable une contribution à une véritable démocratisation dans les Etats respectifs – surtout les plus fragiles – et ce, à travers une meilleure compréhension de l’impact  des processus menant à la paix et à la justice. La  réputation de La Haye en tant que centre d’excellence mondiale pour la paix et la justice s’en trouvera ainsi consolidée.

En ce qui concerne la rencontre pour laquelle nous étions ce jour-là à la Maison de l’Humanité, elle était axée sur un partage d’expériences des membres de la délégation. L’exercice consistait à montrer, suivant les origines respectives des intervenants, comment les valeurs locales, les opinions mondiales, les systèmes de médias et les attentes du public peuvent conduire à des approches différentes de la paix et de la justice – et le cas échéant, comment surmonter les éventuels défis. C’était le lieu pour les étudiants que nous avons rencontré de montrer leur intérêt pour les activités de blogueurs ainsi que leur volonté à s’engager sur cette voie de la liberté d’expression à travers les réseaux sociaux. Je me souviens encore que, juste à la fin de la discussion, j’ai été accosté à la fois par deux jeunes étudiantes néerlandaises visiblement préoccupées et qui avaient soif de tout savoir sur la vie de blogueurs. Ce sens de curiosité a particulièrement retenu mon attention.

Une vue des intervenants sur le Projet Paix et Justice lors du "Hague Talks", crédit photo : Ramaz Melashvilli
Une vue des intervenants sur le Projet Paix et Justice lors du « Hague Talks », crédit photo : Ramaz Melashvilli

Je répondais aux différentes questions qu’elles me posaient tout en pensant à l’heure qui s’écoulait. Le temps imparti pour cette activité était déjà à son terme, il est passé si vite ! C’est l’heure, il fallait partir pour l’hôtel. Malheureusement, mes deux interlocutrices sont restées sur leur fin, car elles n’ont pas obtenu de réponses à toutes leurs questions. L’initiative « Hague Talks » est vraiment originale.  Je suis impatient de voir se développer la communauté francophone du « Hague Talks » qui, je crois, ne tardera pas à naître. En fait, plus qu’un projet, je dirais que le « Halgue Talks » est à même de faire des membres de sa communauté des acteurs de changement pour l’avènement d’un véritable monde de paix et de justice. J’avoue que je suis rentré de ce voyage encore plus engagé dans la promotion de ces idéaux à travers le monde, notamment au sein des Etats fragiles ou fragilisés.

M.Z.

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